Maïa Jancovici  
 
 
 
 

 

"J'aimerais qu'il existe des lieux stables, immobiles , intangibles (...) mon pays natal,(...)l'arbre(...)le grenier de mon enfance(...)De tels lieux n'existent pas.(...) L'espace est un doute, il me faut sans cesse le marquer,désigner; (...) il ne m'est jamais donné, il faut que j'en fasse la conquête. (...)"

L'espace (suite et fin) Espèces d'espaces, G.Perec. p179, Ed.Galilée, 2000.

 

"Les yeux. C'est ce qu'il y a en elle de plus bizarre. Ils ne s'arrêtent sur aucun objet, mais fixent, absorbés, de lointains secrets. C'est le regard d'une personne qui cherche un point, un petit point mais solide, sûr, où finir son vol, et ne le trouve pas ; car elle ignore en quel endroit, terre, océan, ce point se dresse, et même s'il existe, et comment il se présente."

M. Antonioni

 

"L'espace de notre vie n'est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça se cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d'un endroit à l'autre, d'un espace à l'autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d'espace. Le problème n'est pas d'inventer l'espace, encore moins de le ré-inventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd'hui pour penser notre environnement...), mais de l'interroger, ou plus simplement encore de le lire; car ce que nous appelons quotidienneté n'est pas évidence, mais opacité: une forme de cécité, une manière d'anesthésie.
C'est à partir de ces constatations élémentaires que s'est constitué ce livre, journal d'un usager de l'espace."

Espèces d'espaces, G.Perec. Ed.Galilée, 2000.

 

 
   
 
     
 
   
 
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